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Max Bruch [1838-1920] CONCERTO POUR VIOLON No 1 EN SOL MINEUR, OP. 26
ALEXANDRE DA COSTA - violon Enregistré au : FESTIVAL CLASSIQUE DES HAUTES-LAURENTIDES |
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CONCERTO POUR VIOLON No 1 EN SOL MINEUR, OP.26
C'est un jeune homme de 28 ans qui s'attaque à écrire un concerto pour violon, genre sur lequel plane l'ombre de l'immense Paganini. Bruch n'est pourtant plus néophyte en composition, comme le prouve le numéro d'opus 26. Il n'a pas encore vingt ans quand il écrit son opus 1, l'opéra Schrerz, List und Rache (Plaisanterie, ruse et colère) avec, déjà à son actif, de nombreux accomplissements : un septuor ambitieux, une symphonie, un quatuor à cordes.
C'est en poste comme directeur de la musique à Koblenz qu'il compose ce concerto, entre 1865 et 1867. Il s'agit de l'oeuvre d'un artiste sur lequel mise toute l'Allemagne ; on admire sa force harmonique, sa maîtrise du contrepoint et son art de l'orchestration. Bruch se sent peu d'affinités avec la Nouvelle école allemande de Liszt et Wagner ; il ne se montre pas pour autant aussi conservateur qu'on se plaît à le décrire. Dans ce premier concerto, antérieur d'une douzaine d'années à celui de Brahms, il fait preuve d'une grande originalité tant sur le plan de la forme que sur celui de l'écriture.
Tout d'abord, il y a le fait que le premier mouvement n'en n'est pas vraiment un : Bruch le baptise Vorspiel (Introduction), vaste page où se mêlent improvisation rhapsodique et élans lyriques. Voilà un contre-pied parfait à la tradition qui veut que le premier mouvement soit le plus substantiel. Cette longue introduction développée s'enchaîne sans pause au second mouvement, un Adagio où, encore une fois, on trouve d'abord une introduction avant d'arriver au coeur comme tel.
Magiquement, Bruch arrive à repousser l'attention de l'auditeur ; plutôt que de l'usuel premier thème important et du second complémentaire, il inverse les rôles et c'est à l'arrivé du second sujet que s'épanche l'âme du violon. Homme de goût et d'équilibre, Bruch se garde bien cependant d'y tomber dans l'expansivité outrancière et le sentimentalisme facile si courants à l'époque. Cette volonté de repousser le poids d'une oeuvre sur sa fin, si caractéristique d'un certain romantisme tardif, se voit couronnée par l'arrivée du rondo final. Il s'agit du mouvement qui vaut à l'oeuvre toute sa notoriété, une des pages favorites tant des violonistes que de tous les publics.
Là encore, Bruch a le génie de retenir l'aboutissement de l'évolution des thèmes jusqu'au deuxième couplet, là où se fait entendre « la » mélodie qui a valu au concerto son immortalité. La virtuosité s'y fait enfin éclatante, brillante et électrisante. Cela ne veut pas dire que les pages précédentes soient plus faciles. Au contraire, tous les violonistes avouent que dans les deux premiers mouvements se trouvent les plus terribles pièges. Cependant, ils sont camouflés à l'auditeur par la seule beauté de la musique alors que, dans le finale, tout le monde a droit à son explosion de vie et de joie. La popularité indéfectible du concerto a un peu nui au reste de l'oeuvre de Bruch. Alors que tant de musiciens voulaient le mettre au programme, Bruch a toujours insisté, trop souvent en vain, qu'on joue ses autres pièces. Ce qui nous importe aujourd'hui, c'est l'authentique plaisir à toujours le redécouvrir. --- Pierre Vachon


